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Document 6 : Les écoles congréganistes dans le Castrais (22 août 1904)

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Identification du document (IV M 2 / 94)

Rapport du commissaire spécial de Castres
Le 22 août 1904 concernant les écoles congréganistes, suite à la loi du 7 juillet 1904 qui supprime les congrégations dans la continuité de la politique anticléricale menée depuis le début du XXe siècle. La loi est-elle respectée ?

Analyse

Deux députés réactionnaires détiennent le sud du Tarn : Xavier Reille à Castres et Amédée Reille à Mazamet. Cest une véritable dynastie, implantée dans le département par leur père le baron René Reille au XIXe siècle.

- La politique anticléricale
Dès le début du XXe, les frères Reille militent ardemment pour défendre le catholicisme : contre la loi Waldeck-Rousseau de 1901 puis contre la suppression des congrégations en 1904. Dans la loi Waldeck-
Rousseau sur les associations, l'article 13 est dirigé contre les congrégations religieuses. Il précise qu'elles ne peuvent se former sans autorisation législative et que les membres non autorisés ne peuvent en-seigner. L'idée première était, semble-t-il, de mettre un terme à l'enrichissement prodigieux de certaines congrégations. Puis le président du conseil Emile Combes, originaire du Tarn, fait fermer dès le 27 juin 1902 les écoles créées depuis la loi de 1901 et celles qui n'ont pas demandé d'autorisation. Enfin la loi du 7 juillet 1904 interdit tout enseignement congréganiste. Dans le Tarn les effets sont rapides puisque 35
écoles primaires reçoivent l'ordre de fermer dès le 12 juillet 1904 ; 18 appartiennent aux frères de la doctrine chrétienne présents dans les communes d'Albi (4 écoles : rue Croix Verte, boulevard Montebello, au Castelviel et rue de la Madeleine), Anglès, Brassac, Labastide-Rouairoux, Lautrec, Mazamet, Boissezon, Sémalens,Gaillac, Lisle-sur-Tarn, Rabastens, Saint-Paul et Castres (3 écoles : rue des Pépinières, rue de Villegoudou et rue de la chambre de l'Edit), 5 appartiennent aux soeurs de la Croix, 5 aux soeurs de Saint-Joseph d'Oulias, 4 aux soeurs de Saint-Joseph de Clairvaux, 2 aux soeurs du Sacré-Coeur de Marie et 1 aux soeurs de Charité Saint-Vincent de Paul. Sur les 18 écoles des frères de la doctrine chrétienne, plus de la moitié sont implantées dans le sud-est du Tarn, bastion reilliste, ce qui explique leur engagement. Ils n'hésitent pas à s'opposer aux forces de l'ordre lors des fermetures d'écoles et dans le village d'Albine la congrégation se maintient jusqu'en 1908 malgré les arrêtés préfectoraux.
 
– La famille Reille
Conservateurs comme leur père, ils adhèrent en 1901 dès sa naissance, à l'Action Libérale Populaire de Jacques Piou. Ce parti voit le jour en réaction à la loi du 2 juillet 1901 sur les associations, rendant nécessaire toute autorisation préalable pour fonder une congrégation. L'année suivante un comité ALP apparaît à Mazamet avec Amédée Reille et un comité ALP à Castres avec Xavier Reille. Ils multiplient leurs actions contre les différents gouvernements de la période, essaient d'étendre leur influence et de rallier à leur cause des royalistes et des républicains modérés effrayés par la montée de la gauche. Ils soutiennent le maire de Mazamet, Rouvière, et donnent des conférences dans les communes de l'arrondissement. Ils agissent également grâce aux liens familiaux : leur cousin, le duc d'Elchingen est conseiller général du canton d'Anglés et ils sont également dans la parenté avec la famille de Solages à Carmaux (le marquis de Solages ayant épousé Marie Reille). Le plus acharné politicien fut Amédée Reille,défendant avec ferveur la devise familiale « Dieu,Patrie, Liberté ».

– Qu'advient-il de ces écoles ?

Le document nous apprend que les directeurs des congrégations ont été réuni à Saint-Amans-Soult, où habite la famille Reille, ce qui laisse présager d'initiatives prises en faveur de cet enseignement. Puis le commissaire prévoit la reconstitution des écoles congréganistes sous une forme différente. La réponse est donnée par l'Annuaire du Tarn dont un volume paraît au terme de chaque année.

Les congrégations ont pratiquement disparu au profit des écoles privées laïques. La plupart des écoles congréganistes se sont sécularisées, ce qui signifie que de nombreux ecclésiastiques donnent l'impression d'être dans la société sans avoir réellement modifié leur enseignement et leur mode de vie. Par conséquent la politique anticléricale n'a pas eu les effets escomptés et l'Eglise reste  présente dans l'enseignement.

Intérêt du document

Ce document d'août 1904 montre que la loi de Séparation des Eglises et de l'Etat n'est pas un acte isolé ; elle s'inscrit dans la politique anticléricale menée par les radicaux depuis le tout début du XXe siècle. Après la suppression des écoles congréganistes, la séparation était inévitable.

Fiche pédagogique

Le travail porte sur le tableau de l'évolution des écoles laïques et des écoles privées dans le Tarn :

1 – Définir :
- école laïque
- école privée
- congrégation

2  - La mixité :  que représente-t-elle pour les écoles laïques ? Pour les écoles privées ?
Pour l'ensemble des écoles ?
Qu'en déduisez-vous ? Est-ce révélateur de la société de l'époque ?

3 - En additionnant le nombre d'écoles selon les sexes, voyez-vous apparaître des différences selon les écoles? Pourquoi ? Expliquez
 
4 - Ces données suffisent-elles pour étudier l'évolution des structures de l'enseignement primaire au début du XXe ? Justifiez votre réponse.

5 – Pourquoi le nombre des écoles congréganistes s'effondre-t-il ? Expliquez.

 

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