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Document 7 : Lettre du sous-préfet de Gaillac au préfet concernant la campagne antilaïque du curé de Parisot (19 novembre 1909)

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Identification du document (IT1 / 33)

Lettre du sous-préfet de Gaillac à Monsieur le Préfet.
Le 19 novembre 1909
Le maire de la commune de Parisot  dénonce la campagne anti-laïque du curé et  son attitude envers l'institutrice, suite à la circulaire des archevêques et évêques de France condamnant certains manuels de morale et livres d'histoire.

Analyse

A travers les mesures anticléricales du gouvernement, il y a eu des changements dans les manuels scolaires. Pour citer un des ouvrages les plus connus, dans la nouvelle édition du "Tour de France par deux enfants", les cathédrales disparaissent. Quant aux livres d'histoire et de morale, ils sont influencés par l'athéisme. Cette nouvelle orientation déplaît aux catholiques qui n'hésitent pas à condamner les manuels d'Aulard et Débidour (en 1894), de Calvet(en 1898), de Dévinat (en 1898), de Gauthier et Deschamps(1904), de Guiot et Mane (1906) et de Rogie et Despiques (en 1908). En 1909, une circulaire des archevêques et évêques réaffirme la mise à l'index de ces manuels.
Le curé de Parisot lance une campagne anti-laïque que l'on peut décliner en plusieurs actes. Dans un premier temps, il se rend au domicile de l'institutrice, lui reproche l'usage du manuel d'histoire Dévinat et lui demande de le changer dans les plus brefs délais. C'est ensuite pendant l'office dominical qu'il recommande aux filles de ne pas étudier sur ce manuel par conséquent de désobéir à l'institutrice. Puis il demande aux parents de surveiller livres et cahiers de leurs enfants.
Les premiers effets sont rapides puisqu'une élève est retirée de cette école la semaine suivante puis trois autres. Une partie de la population a été sensible aux invectives cléricales et l'institutrice en a subi les conséquences. Cependant elle résiste,  soutenue essentiellement par le maire du village. La guerre entre cléricaux et anticléricaux est relancée au début du XXe siècle dans certains villages du département. Les représentants de l'Eglise profitent de la vulnérabilité des fidèles de pour lancer une campagne antilaïque. S'ils leur désobéissent, ils encourrent de grandes pénitences telles que le refus des sacrements ; ainsi pour les écoliers, ils brandissent le refus de la première communion. Les curés ont parfois le soutien des élus locaux, ce qui leur permet d'avoir plus d'envergure. Dans le cas de Parisot, le curé Durand s'est retrouvé plutôt isolé et son fanatisme s'est étiolé. Un abbé Durand fait partie des membres actifs de la Ligue de l'Enseignement Libre du Tarn mais est-ce le même individu? Dans la paroisse d'Espérausses,  l'instituteur Chabbert a obéi aux injonctions du curé en acceptant de changer le livre. L'inspecteur d'académie a réagi énergiquement en le faisant muter dans une autre commune, malgré la pétition faite par les habitants pour le garder, et en le nommant simplement instituteur et non plus directeur. L'école laïque agit avec détermination face à l'Eglise. Il faut dire que la commune d'Esperausses se situe dans le sud-est du Tarn, lieu de grande ferveur religieuse et l'instituteur a voulu calmer les esprits en cédant face à l'Eglise. Des incidents similaires ont été signalés dans les communes environnantes de Burlats, Lafontasse et Saint-Jean-de-Vals. Pour Parisot, le contexte géo-politique est différent ; la commune est à proximité de Gaillac et les faits relatés dans cette commune sont exceptionnels pour  cette contrée du département.

Les antécédents
Concernant les manuels, le Tarn avait connu des incidents au XIXe siècle avec le manuel de Gabriel Compayré "Eléments d'instruction morale et civique" rédigé en 1880. Il y exposait les principes en 4 parties: Famille et école, société et patrie, nature humaine et morale, société politique, sans pour autant dénigrer l'Eglise. Mais certains curés tarnais s'opposaient à cet ouvrage, menaçaient les fidèles en brandissant le refus des sacrements et des incidents étaient notés à Aiguefonde, Blan, Roquerlan. Selon Jean Faury, l'agitation cléricale a été considérable mais plus importante dans la plaine tarnaise pour la bonne raison que les villages près de la Montagne Noire n'utilisaient pas ce manuel.

Intérêt du document

L'intransigeance et le fanatisme d'un prêtre peuvent avoir de sérieuses répercussions sur l'enseignement ; quel est l'état d'esprit d'enfants à qui le curé demande de désobéir à l' institutrice puis influence  les parents pour les changer d'école subitement ? L'Eglise, à travers ses serviteurs, pense encore qu'elle décide et domine. Jusqu'au XIXe siècle inclus, le pouvoir spirituel s'arroge l'enseignement malgré les lois Ferry et la loi Goblet de 1886. La séparation des Eglises et de l'Etat est alors inévitable afin que le clergé prenne conscience des mutations opérées : plus de représentation religieuse dans les écoles (crucifix, prières...), changement des manuels (amorcé déjà à la fin du XIXe siècle) afin de diffuser l'esprit républicain. 

Fiche pédagogique

Art. La Dépêche, 26 novembre 1909, quotidien radical, paraît depuis 1869.

Questions :
1) Présentez le document (nature, date, auteur,sujet)

2) Expliquez :"campagne cléricale contre l'école laïque" et présentez les principaux protagonistes de chaque camp :

3) Quels sont les termes utilisés par le journaliste pour qualifier le curé ?

4) Selon l'auteur, quelle personne n'a pas fait son travail dans cette affaire ? Quels repro-
ches lui sont adressés ?

5) Quelle est la politique préconisée par le journaliste envers les instituteurs des écoles
publiques, représentants de la République?

5) Citez des passages de l'article révélant les idées du journaliste.

6) Pourquoi le journaliste Arnal a-t-il choisi ce titre "l'école laïque attaquée" ?

 

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