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Document 8 : Lettre du préfet à l'inspecteur d'Académie sur l'école congréganiste de Massac (23 août 1911)

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Identification du document (III V 56)


Rapport de l'Inspecteur d'Académie à Albi au Préfet
23 août 1911
Fermeture de l'école de Massac-Seran appartenant à la congrégation des filles de Jésus.
La loi du 7 juillet 1904 a interdit aux congrégations d'enseigner, or, sept ans après l'école de Massac-Seran est toujours en activité ; pourquoi ? A-t-elle eu un statut particulier ou bien est-elle illégale ?

Analyse 

Le document précise que l'école ne fonctionne actuellement que pour les orphelines, permettant ainsi le maintien de l'école depuis 1901.  A cette date, la loi Waldeck-Rousseau sur les associations énonce, dans l'article 13, que les congrégations ne peuvent se former sans autorisation et que les membres non autorisés n'ont pas le droit d'enseigner. L'idée première était, semble-t-il, de mettre un terme à l'enrichissement prodigieux de certaines congrégations. Puis le Président du Conseil, Emile Combes, né à Roquecourbe, prend des mesures radicales. Il fait fermer à partir du 27 juin 1902, sans attendre les vacances, les écoles créées depuis la loi de 1901 et celles qui n'ont pas demandé d'autorisation. La contestation catholique émerge rapidement comme à Belcastel où le maire s'oppose à la fermeture de l'école des filles de Jésus de Massac et l'occupe avec les habitants sous prétexte que le local lui appartient et qu'il rétribue lui-même la soeur. Le lendemain les gendarmes profitent de l'absence de Monsieur de Belcastel pour appliquer les mesures gouvernementales. La loi du 7 juillet 1904 interdit ensuite tout enseignement congréganiste.
Les congrégations enseignantes ont eu un essor remarquable dans le Tarn de 1848 à 1882. La congrégation des filles de Jésus est établie à Massac et autorisée comme hospitalière et enseignante par décret du 1er mai 1874. Elle loue également dans différentes localités les services de ses membres à des particuliers qui les emploient à des oeuvres hospitalières moyennant une rétribution commune. L'existence d' un orphelinat lui permet d'obtenir en 1902 l'autorisation d'enseigner. Puis elle résiste à la loi du 7 juillet 1904 bénéficiant de l'article 3 en faveur des services scolaires "uniquement destinés à des enfants hospitalisés auxquels il serait impossible, pour des motifs de santé ou autres, de fréquenter une école publique."  L'orphelinat reçoit des filles de 3 à 18 ans dont les parents tra-vaillaient pour les compagnies de chemin de fer. Elles sont 35 en 1905 recevant une instruction primaire, une éducation ménagère et même un enseignement professionnel. Ainsi, grâce à l'orphelinat, l'école congréganiste se maintient. De nombreuses congrégations ont ainsi survécu aux lois anticléricales en proposant des oeuvres de bienfaisance comme l'orphelinat, les soins hospitaliers ou la présence d'un hospice. Sous couvert de charité chrétienne, certaines congrégations échappent à la législation. Pour les autres congrégations, la sécularisation perpétue leur enseignement. Les écoles congréganistes sont remplacées par des écoles privées laïques comme en témoigne  le tableau suivant (en nombre d'écoles) :

Evolution des écoles privées dans le Tarn

                                        1904                            1906                      1910

   - garçons (laïque)               4                               33                          35
   - garçons(cong.)               37                                 5                            0
   - filles (laïque)                  36                              116                        134
   - filles (cong.)                 133                                25                            1
   - mixtes (laïque)                 8                                13                          15
   - mixtes (cong.)                  7                                  0                            0

Un autre argument plaide en faveur de l'école de Massac-Seran, comme le rappelle l'Inspecteur d'académie,  c'est l'absence d'école publique dans le village. Ainsi, trente ans après les lois Ferry, cette commune n'a pas d'école publique. Plusieurs raisons expliquent ce retard : d'une part, l'emprise de la congrégation des filles de Jésus sur la population et d'autre part, la commune se situe à proximité de Belcastel où la famille du même nom défend ardemment le catholicisme grâce à ses fonctions de maire et de conseiller général. La présence d'une famille ca-tholique et conservatrice a parfois retardé l'implantation des écoles publiques ;  à Carmaux, les écoles des frères dominent grâce à l'appui du marquis de Solages et il faut attendre l'arrivée de la gauche à la mairie pour que l'éco-le de la République s'installe. A Albine, dans le sud-est du Tarn, le député Reille finance l'école congréganiste qui se maintient pendant plusieurs années  malgré les procés-verbaux de fermeture.

L'enquête de 1911 révèle l'existence dans le Tarn d'établissements dirigés par des anciens congréganistes dont la sécularisation paraît suspecte1 ; 20 écoles sont contrôlées dont celle de Massac-Seran mais elle poursuit ses activités sous couvert d'orphelinat et d'absence d' école publique.
La congrégation des filles de Jésus s'est implantée à Massac puis a essaimé dans plus de trente communes du Tarn : Albi, Algans, Ambres, Anglès, Belcastel, Brousse, Busque, Cambounés, Castelnau-de-Brassac, Castres, Couffouleux, Cuq, Damiatte, Fiac, Garrigues, Graulhet, Jonquières, Labastide-Saint-Georges, Lacaze, Lamonté-larié, Lavaur, Lisle-sur-Tarn, Marzens, Massac, Mouzieys-Teulet, Paulinet, Poudis, Rabastens, Rayssac, Roque-vidal, Saint-Lieux-les-Lavaur, Vabre, Viane, Villeneuve-les-Lavaur, Viterbe.

Intérêt du document

Les lois anticléricales du début du XXe siècle n'ont pas été appliquées de manière uniforme. Il y eut plusieurs manières d'y échapper puisque la majeure partie des congrégations ont poursuivi leur enseignement, soit par la sécularisation soit, comme pour Massac-Seran, en faisant valoir sa mission charitable auprès des orphelins. Ainsi elle se montre indispensable.
Globalement le catholicisme reste présent dans l'enseignement au début du XXe siècle ; nombreux sont les ecclé-siastiques qui donnent l'impression d'être dans la société sans avoir réellement modifié leur enseignement et leur mode de vie. Le détachement de l'Eglise s'opère peu à peu pour les populations, étalé sur plus d'une décennie, avec de grandes nuances au sein même du département, notamment entre le nord où la pratique religieuse est faible et le sud où la présence protestante a sans doute éveillé le fanatisme religieux à différentes époques.

Fiche pédagogique

1 - Sur la carte du Tarn, coloriez en rouge les communes ayant une école appartenant à la congrégation des filles de Jésus de Massac  à l'aide du n° correspondant :
- Algans 81006 – Ambres 81011 – Anglès 81014 – Belcastel 81025 – Brousse 81040
– Busque 81043 – Cambounés 81053 – Castelnau-de-Brassac 81062 – Castres 81065
– Couffouleux 81070 – Cuq 81075 – Damiatte 81078 – Fiac 81092 – Garrigues 81102
– Graulhet 81105 – Jonquières 81109 – Labastide-Saint-Georges 81116 – Lacaze 81125
– Lamontélarié 81134 – Lavaur 81140 – Lisle-sur-Tarn 81145 – Marzens 81157
– Massac 81159 – Mouzieys-Teulet 81190 – Paulinet 81203 – Poudis 81210
– Rabastens 81220 – Rayssac 81221 – Roquevidal 81229 – Saint-Lieux-les-Lavaur 81261
– Vabre 81305 – Viane 81314 – Villeneuve-les-Lavaur 81318 – Viterbe 81323.

2 - Comment se répartissent les écoles de la congrégation des filles de Jésus de Massac dans le département ?
 
3 - Comment se répartissent les écoles par rapport à Massac-Seran ?

4 - Est-il possible de faire 2 ensembles ? Si oui, lesquels ?

5 - L'implantation des écoles congréganistes est-elle conforme aux distinctions faites dans le Tarn entre le Nord  peu empreint de catholicisme et le sud, sud-est plus profondément croyant et pratiquant ?

6 - Quelles sont les limites d'une telle carte ?

 

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