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Document 14 : Lettre confidentielle du commissaire de Carmaux au préfet au sujet de la surveillance des congrégations (7 février 1912)

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Identification du document (IV M 2 / 98)

– Lettre confidentielle du Commissaire de police de Carmaux au Préfet du Tarnle 7 février 1912
– Réponse aux instructions du Préfet du 23 janvier suite à la circulaire du Ministre de l'Intérieur Caillaux au sujet de la surveillance des anciennes congrégations. Exercent-elles toujours dans le Tarn 8 ans après la loi du 7 juillet 1904 leur interdisant d'enseigner ?

Analyse


Falgueyrettes, catholique, a institué un patronage, association dont l'objectif est de veiller sur l'enfance et la jeunesse en accueillant, pendant les jours de congés, les élèves de l 'école. Falgueyrettes est un agent électoral du marquis de Solages. Il fonde en 1903 à Carmaux, «  le cercle du Commerce et de l'Industrie », noyau de l'Action Libérale Populaire. L'ALP a vu le jour au début du siècle, en réaction à la politique anticléricale du bloc des gauches. Dans le Tarn, l'ALP s'étend grâce à l'action de la famille Reille de Saint-Amans-Soult, dont un des fils a épousé Marie Solages, fille du marquis. Les 2 familles, l'une dans le nord, l'autre dans le sud, essaient de tisser une toile cléricale et conservatrice, agissant contre l'anticléricalisme.
La politique anticléricale s'étend sur plusieurs années au début du XXe siècle. C'est d'abord la loi Waldeck-Rousseau sur les associations le 1er juillet 1901 dont l'article 13 est dirigé contre les congrégations religieuses ; il précise qu'elles ne peuvent se former sans autorisation législative et que les membres non autorisés n'ont pas le droit d'enseigner. Puis Emile Combes, né à Roquecourbe, président du Conseil de 1902 à 1904, fait fermer à partir du 27 juin 1902 les écoles créées depuis la loi de 1901 et celles qui n'ont pas demandé d'autorisation. Le 7juillet 1904, il supprime tout enseignement congréganiste.
Dans le nord du Tarn, deux congrégations dominent depuis le Second Empire pour les garçons ; les frères des écoles chrétiennes dont l'action s'exerce surtout dans les principales villes du Tarn puis les frères maristes. A Carmaux, les frères maristes ont le monopole de l'enseignement au début de la IIIe République, installés dans des locaux appartenant au marquis de Solages, sous couvert d'une municipalité conservatrice, proche du marquis.. Vers la fin du siècle, les mineurs réclament des écoles laïques ; elles se développent mais restent de faible importance par rapport aux congrégations présentes (en 1890, 455 garçons vont à l'école libre et 125 à l'école laïque) . En 1892, l'arrivée de Calvignac à la mairie de Carmaux ne change pas fondamentalement la donne  puisque l'enseignement demeure entre les mains des congrégations. Les frères maristes sont moins nombreux depuis le décés de leur supérieur et les frères des écoles chrétiennes ont une influence de plus en plus grande.1 Les garçons formés par les frères étaient ensuite embauchés à la mine. La loi du 7 juillet 1904 ne change guère l'enseignement des fils de mineurs ; les congrégations se sécularisent et les frères poursuivent leur mission. Le marquis de Solages continue de financer les écoles et encourage le développement des oeuvres religieuses.  Les patronages se multiplient à deux reprises, au début de la IIIe République puis après 1905 ; il semble que ce soit une revanche à la politique anticléricale. Les congrégations enseignantes sont officiellement interdites et les patronages leur permettent de se  dissimuler. La plupart sont des associations sportives ou musicales. A Carmaux, une société de gymnastique est financée par la mine « l'Etoîle Carmausine », donnant lieu à diverse manifestations afin de rassembler les antilaïques. Il semblerait que cette société de gymnastique soit l'arbre qui cache la forêt, rendant ainsi « légal » tout rassemblement à but clérical.
Dans la même mouvance, le commissaire rappelle l'existence d'un « syndicat jaune » appelé à Carmaux le syndicat professionnel, proche du marquis de Solages.2 Né le 30 août 1903, il regroupe des catholiques puisque la doctrine officielle de l'association  est l'Encyclique Rerum Novarum de Léon XIII, rejoint les rangs de l'ALP et fait campagne pour le marquis de Solages lors des législatives de 1906. Bien que minoritaire, le syndicat  de Solages  affaiblit considérablement le syndicat rouge jusqu'à la Première Guerre Mondiale.
Le commissaire termine en montrant son intention de surveiller les actions diverses des anciennes congrégations ; mais, dans la pratique, comment est-ce possible ? Les oeuvres religieuses relèvent de la loi sur les associations de 1901, financées par des particuliers et installées dans des locaux privés. Ainsi l'administration ne peut agir en raison de leur apparente conformité.

Intérêt du document

La circulaire du ministre Caillaux n'est pas la première à vouloir contrôler les anciennes congrégations depuis 1904. Le document montre les limites de la politique anticléricale. L'Eglise a su, après bien des vissicitudes, s'adapter à la nouvelle législation française. Sept  ans après la Séparation des Eglises et de l'Etat, le catholicisme reste présent.  Les laïques ont réagi à la politique anticléricale en développant le catholicisme social et sous les différentes oeuvres se cachent les grandes familles tarnaises dont l'enrichissement permet de s'attacher tout un réseau religieux et politique.

Fiche pédagogique

Extrait des instructions du préfet envoyées  aux commissaires d'Albi et de Carmaux :

    
         23 janvier 1912

          à Messieurs les Commissaires d'Albi et de Carmaux
          et le Commissaire spécial

 L'attention du gouvernement a été appelée, à différentes reprises, sur les agissements d'anciens congréganistes qui sous les apparences de sécularisation et généralement sous les titres de prêtres libres ou habitués, poursuivent individuellement ou par petits groupes des oeuvres identiques à celles qu'accomplissait leur congrégation avant la dissolution.
 Je vous invite à surveiller avec le plus grand soin toutes les manifestations d'ordre divers de ces sortes de personnes qui tendraient à réaliser ainsi, sous le couvert ou non de leur religion, une action qui loin d'être religieuse ou confessionnelle revêtirait un caractère politique ou social.
 C'est ainsi que même certaines manifestations religieuses, telles que la prédication sous forme de missions par d'anciens congréganistes ne paraissent pas pouvoir rentrer dans le cadre du libre exercice du culte.
 De même pour les tiers-ordres et associations diverses, les sociétés multiples et les publications religieuses constituées ou fondées avant 1901 par les congrégations et qui n'ont pas cessé de se développer et de se répandre malgré la dissolution des congrégations, il est permis de conclure de leur développement persistant, que les ecclésiastiques qui les contrôlent ou les dirigent agissent encore pour le compte de leur congrégation à laquelle ils demeurent affiliés.
 A un autre point de vue il y a lieu d'observer que des membres des congrégations réputées dissoutes participent d'une manière certaine, quoique plus ou moins directement ou apparemment, au fonctionnement de diverses oeuvres dont le but est de détourner au profit de l'Eglise catholique l'éducation populaire en même temps que l'évolution économique et sociale."...

Questions :

- Vocabulaire :
congrégation : association de religieux liés par des voeux
sécularisation : action de séculariser, rendre des clercs à la vie laïque
                      
1 - Expliquez le premier paragraphe.
2 - Expliquez "avant la dissolution".
3 - Pourquoi ces personnes représentent un danger  selon le préfet?
4 - Reprenez cette notion de danger en l'appliquant au document précédent (lettre du commissaire de Carmaux au préfet) et expliquez.

 

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