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Conclusion

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Difficile de faire un bilan de la loi de Séparation des Eglises et de l'Etat de 1905.  Pour les catholiques, les pertes matérielles sont considérables et les cicatrices ont été longtemps visibles. Les curés perdent leur traitement, leur logement et le denier du culte est  inférieur à ce qu'ils avaient auparavant. L'Eglise, quant à elle, perd une partie du patrimoine cependant un consensus s'établit dans la plupart des communes entre l'église et la municipalité. Pour l'enseignement, les lois Jules Ferry avaient impulsé le mouvement de laïcisation  consolidé par la politique d'Emile Combes mais le bilan est  incertain ; de nombreuses congrégations se sont sécularisées et poursuivent leurs activités religieuses comme par le passé.  L'école de la République n'est pas implantée partout dans le département au début du XXe siècle ; certaines communes comme Albine ou Massac Seran n'ont pas encore d'école publique en 1908 !
La contestation catholique avait commencé en 1901 à la suite de la promulgation de la loi Waldeck-Rousseau sur les associations dont l'article 13 concernait les congrégations. Puis ces dernières ont été surveillées par Emile Combes  et la loi votée le  7 juillet 1904 interdit tout enseignement congréganiste. Dans certains villages l'oppo-sition s'organise sous l'influence d'élus : de Belcastel dans le village du même nom, le marquis de Solages à Carmaux, le baron Reille dans plusieurs communes du sud (le Bez, Albine...). La loi de Séparation accentue l'opposition entre cléricaux et anticléricaux et c'est une véritable "guerre religieuse" dans certaines paroisses du sud-est : Albine, Aussillon, Roquerlan, Saint-Pierre-des-Plos... Les inventaires fournissent l'occasion de manifester de différentes manières son hostilité et les actes de violence se multiplient. Le Tarn se distingue en étant l'un des dix départements où il reste plus de cent inventaires lors de la deuxième vague du mois de novembre. Le mouvement d'hostilité se calme dès la fin de l'année 1906. La ferveur religieuse et politique s'amoindrissent. Les fidèles ont suivi spontanément leur curé, leur député ou leur maire au lendemain de la Séparation puis ils prennent conscience  des limites de la législation et essaient de s'adapter.  Les curés semblent s'être calmés après avoir suivi les consignes de Pie X et les hommes politiques se font discrets puisque les élections sont passées.
La Séparation a été l'occasion d'un renouveau religieux. Les catholiques ont réagi en créant des oeuvres sociales (chorales, clubs de sport, ...) souvent reliées à des mouvements ou partis politiques. La Séparation a  eu pour corollaire la politisation de la société française, commencée quelques années plus tôt avec l'affaire Dreyfus. Elle s'affirme avec les lois anticléricales et la corrélation politico-religieuse s'amorce dans le Tarn. A partir de 1901, l'ALP est créée à Paris par Jacques Piou, relayé dans le Tarn par les frères Reille dans le sud, Falgueyrette (agent électoral du marquis de Solages)  et l'abbé Cauquil de l'école Sainte-Marie d'Albi dans le nord. Puis se développe l'ACJF (dont un des principaux membres actifs est l'abbé Cauquil) et la Ligue Patriotique des Femmes Françaises sous l'emprise de la baronne Reille dans la région de Castres et Mazamet puis de la comtesse de Toulouse-Lautrec pour l'Albigeois.
Souligner les particularités tarnaises c'est constater avant tout le contraste entre le nord et le sud du département illustré par les différentes cartes. Cet antagonisme émane sans doute de l'implantation protestante au XVIe siècle dans le sud-est. La noblesse locale a été attirée par la Réforme puis des protestants sont venus d'autres départements. Très vite ils se lancent dans les activités industrielles, ne pouvant briguer les postes administratifs. Leur présence renforce la ferveur religieuse des catholiques. En effet la population du sud-est se montre très combative dès la fin du XIXe siècle lors des lois Ferry et Goblet puis lors de la fermeture des écoles congréganistes, des inventaires, contre l'usage de certains manuels d'instruction civique (en 1883) et d'histoire (en 1909)  influencée par la famille Reille, réactionnaire et profondément catholique. La réaction essaie de s'implanter dans le nord en multipliant les conférences, en créant des oeuvres sociales mais en vain. Les familles de Solages dans le Carmausin, de Belcastel dans le Vaurais et de Toulouse-Lautrec à Albi ne parviennent pas à impulser un mouvement similaire à celui du sud. Il faut dire que la famille Reille a une popularité exceptionnelle, amorcée par le baron René Reille-Soult et poursuivit par ses fils Amédée et Xavier. La longévité est un facteur positif dans le domaine politique.
Les élections législatives de 1902 et de 1906 confortent la position de la gauche au niveau national comme départemental, preuve que la majorité est favorable à la politique anticléricale.  A la différence du pays, le Tarn enregistre en 1906 une victoire de la gauche moins affirmée ; Jaurès est réélu mais il n'a que 250 voix d'avance sur son adversaire le marquis de Solages alors que les frères Reille sont réélus avec une majorité plus forte qu'en 1902 dès le premier tour. Le sud-est accentue encore sa  particularité et la population rejète la Séparation des Eglises et de l'Etat. La dualité religieuse et politique demeure entre le nord et le sud du Tarn. Dans le sud, la ferveur religieuse a toujours été importante. Quand la population catholique du sud devient ouvrière, elle ne perd pas son comportement politique et religieux. Une des contradictions de la région mazamétaine, soulignée par Rémy Cazals, est  le vote à droite des ouvriers du délainage alors que la plupart des patrons sont des protestants et votent à gauche. Les travaux d'André Siegfried sont un éclairage à ce propos. Il affirme la typologie des attitudes politiques  et tente d'en chercher les corrélations dans les conditions économiques et sociales. Si l'on applique sa thèse, dans le sud du Tarn, le prestige du châtelain, en l'occurrence  le baron Reille  au château  Soult-Berg, l'influence du prêtre et  la docilité de l'ouvrier-paysan assurée par l'isolement géographique, près de la Montagne Noire ou des Monts de Lacaune, fournissent des explications au comportement religieux et politique. Inversement, la vallée du Tarn et le Vaurais sont plus ouverts avec la rivière, le train et la route d'où l'influence du progrès et des idées nouvelles.  La déchristianisation apparaît dès la fin du XIXe siècle au fur et à mesure du mouvement d'industrialisation  avec l'apport de verriers et de mineurs venus de l'extérieur. C'est ainsi que la ville de Carmaux s'oriente à gauche dès 1892 en choisissant un mineur pour diriger la mairie, Calvignac.

 

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