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Travaux pratiques : étude comparative des populations de Carmaux et Gaillac

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A partir des chiffres des recensements de population depuis 1836, ce dossier s'attache à comparer l'évolution démographique de deux communes dont les activités diffèrent : Carmaux, un des principaux centres industriels du Tarn, et Gaillac en milieu rural.

D'après la courbe des populations à réaliser, il est intéressant de constater s'il y a relation entre la démographie et la conjoncture économique des deux cités présentées brièvement.

CARMAUX

Petite ville du Tarn située au nord d'Albi, dans la vallée du Cérou, rivière venant du Ségala et se jetant dans l'Aveyron, Carmaux se situe à environ 240 mètres d'altitude. Le bassin houiller comprend deux cuvettes d'inégale grandeur, celle de Carmaux au nord et celle de Cagnac au sud. Quel a été l'impact du charbon sur l'évolution démographique ?

I – L'expansion du XIXe siècle

A – Une industrialisation rapide

Carmaux a une population de 1765 habitants en 1831, ce qui signifie qu'elle n'est pas encore une ville, n'ayant pas atteint 2000 habitants. La courbe de la population est ascendante tout au long du XIXe siècle.
Dès le XVIIIe siècle, le charbon est exploité dans les terres de Carmaux, Saint-Benoît et Blaye. En récompense des services rendus, Monsieur de Solages reçoit le 12 septembre 1752 la concession des mines qu'il pourrait découvrir dans un rayon d'une lieue à l'entour de son château. C'est alors que, pour augmenter la consommation de charbon, il établit une verrerie. En 1810, un décret de Napoléon Ier donne la concession perpétuelle à "l'Entreprise des mines et de la verrerie de Carmaux à Solages père et fils". Sous le Second Empire, la population double et Carmaux devient une ville ouvrière. Vers 1850, la production de charbon est de 60.000 tonnes, avec environ 550 ouvriers. La nouvelle société se forme en commandite en 1856 ; les mines et dépendances sont cédées par la famille de Solages à "la compagnie Mancel père et fils" en échange de nombreuses actions.
Par comparaison avec d'autres gisements nationaux, celui de Carmaux a des aspects favorables : la nature du charbon qui est cokéfiable, l'épaisseur, la qualité et la densité des veines, la profondeur relativement faible, le caractère non grisouteux et peu aquifère, et enfin la basse température des terrains.
La ligne de chemin de fer Albi-Carmaux donne en 1857 une grande impulsion au commerce du charbon. La ligne Albi-Toulouse est ouverte à la circulation en 1864 et, l'année suivante, la compagnie Mancel vend la ligne à la compagnie du Midi. La verrerie Solages est louée à Rességuier et, quelques années plus tard, en 1862, celui-ci construit un nouveau bâtiment appelé "Verrerie Sainte-Clotilde". 

B – Syndicalisation et politisation de Carmaux

Dans les années 1880, la population ouvrière a fortement augmenté à Carmaux, avec plus de 2000 mineurs et 750 verriers (450 hommes, 250 femmes et 50 enfants). Les ouvriers s'organisent en syndicats : le syndicat des mineurs apparaît en 1883, celui des verriers en 1890. Pour l'ensemble de la commune, la population est de 8056 habitants au recensement de 1886 : elle a donc plus que quadruplé en un demi-siècle.
Dans le même temps, la ville s'agrandit et devient un bastion socialiste. Syndicalisme et socialisme sont étroitement liés vers la fin du XIXe siècle. La mairie passe à gauche à partir de 1892, avec le mineur Jean-Baptiste Calvignac comme maire et Jean Jaurès élu député en 1885, 1893, 1902, mais battu en 1898 par Solages . Cependant, vers la fin du siècle, le bastion socialiste n'est plus aussi solide, après le départ de certains verriers à Albi (la dure grève des verriers en 1895 tourne à l'épreuve de force et de nombreux verriers décident, conseillés par Jean Jaurès, de fonder une verrerie à Albi). La VOA est un succès pour les verriers mais, en contrepartie, elle affaiblit syndicalisme et socialisme à Carmaux. Le nombre des mineurs continue d'augmenter, mais celui des verriers baisse après 1896 pour deux raisons : le départ des principaux leaders syndicalistes pour la VOA, et la mécanisation qui fait baisser le nombre d'emplois. De plus, le souffleur de verre n'est plus une spécialité : ce n'est plus un artisan mais un ouvrier désormais rivé à sa machine. Il en résulte une baisse des effectifs.
Au recensement de 1896, pour la première fois, la population de Carmaux est supérieure à 10.000 habitants . La pression démographique pose le problème de l'urbanisme. La ville s'étend de part et d'autre de la RN 88 en développant commerces et habitations. Les oeuvres sociales nées sous le patronage des mines de Carmaux ont un actif fourni, avec un hôpital, deux caisses de secours pour les soins médicaux, un service social complet, des bourses d'études et d'apprentissage, une société sportive, une harmonie musicale et une politique du logement qui n'a cessé de s'étoffer. Les cités ouvrières proposent une petite maison avec un jardinet .


II – Les fluctuations du XXe siècle

A – La première moitié du XXe siècle

Pendant cette période, on observe une quasi stagnation de la population carmausine entre 10.000 et 11.000 habitants.
La première guerre mondiale a pour conséquence une production de charbon record en 1918, avec 850.000 tonnes. Il faut préciser que les mines du Nord ne sont pas exploitées, et que de nombreux mineurs sont venus travailler à Carmaux.
Avec la modernisation des techniques de travail, les effectifs baissent dans l'entre-deux-guerres :  - 2543 mineurs en 1919 ;
  - 1924 mineurs en 1928 ;
  - 1626 mineurs en 1932 ;
  - 1288 mineurs en 1936, puis une hausse :
  - 1728 mineurs en 1937, avec l'approche de la guerre.
La municipalité Calvignac  poursuit l'aménagement urbain avec l'alignement des maisons, l'électrification des rues et le développement des équipements sportifs et de loisirs. Une nouvelle centrale est construite et, près du château de la famille de Solages, la Société des Mines de Carmaux dessine un parc d'agrément : le parc du Pré-Grand, avec un kiosque à musique.
Après la deuxième guerre mondiale, les mines sont nationalisées et appartiennent désormais aux Houillères du Bassin d'Aquitaine (HBA). La production de charbon de 1947 est de 1,72 millions de tonnes, supérieure à 1938 avec 1,53 millions de tonnes, et il y a 940 emplois supplémentaires. Ainsi, pour loger ces nouveaux ouvriers et leurs familles, apparaît une nouvelle cité ouvrière : Camp-Grand. En 1947 éclate une grève qui dure 56 jours, avec de graves affrontements entre les mineurs et les forces de l'ordre, et surtout la scission syndicale CGT et FO. La reprise s'effectue le 29 novembre, marquant l' échec de la CGT. Il va de soi que cette scission affaiblit le syndicalisme des mineurs.

B – La récession

La population de Carmaux augmente de 1954 à 1968, puis baisse régulièrement jusqu'à nos jours. Entre 1954 et 1962, la commune enregistre un gain de 3270 habitants. Deux composantes interviennent pour expliquer une telle croissance, l'excédent naturel qui représente environ 40 % de la croissance, et 60 % pour le solde migratoire. L'accroissement naturel est considérable, comme dans le reste du territoire, puisque la France ressent encore les effets du baby-boom. Le recensement de 1962 témoigne de ce dynamisme : les moins de 20 ans représentent 33 % de la population, et les adultes 55 %. L'importance du solde migratoire se justifie par le retour de nombreux Français d'Algérie en 1962. La ville reste fortement indus-
trialisée car le secteur secondaire regroupe 73 % de la population active . Le dynamisme démographique est inhérent au dynamisme industriel, la production de charbon étant, en 1958, à l'apogée avec 1,74 millions de tonnes pour un effectif d'environ 3000 ouvriers.
Dans les années 1960, gaz et pétrole deviennent les grands concurrents du charbon. La politique charbonnière s'engage dans la récession : les objectifs du 3e Plan (1958-1961) ont été modifiés. La production prévue était de 62 millions de tonnes, rectifiée à 56 puis 53 millions de tonnes. Le personnel est mis en retraite après 30 ans de service dès 1965. Le plan d'adaptation des charbonnages appelé "plan Jeanneney" annonce la fermeture de l'exploitation de fond en Aveyron et une baisse dans le Tarn.
Les mineurs réagissent par la grève dure et longue de 1963 : ils veulent une hausse de salaire car la prospérité économique est réelle et la guerre d'Algérie est finie. Le conflit dure 35 jours et unit trois syndicats (CGT, FO et CFTC). Ils obtiennent une augmentation de salaire et la quatrième semaine de congés payés.
Mais la politique charbonnière de la France lancée au début des années 1960 se poursuit et la production du bassin de Carmaux baisse : 1,42 millions de tonnes en 1965, 1,36 en 1967, 1,31 en 1968.
Les mines de Carmaux sont, à partir de 1969, réunies dans les Houillères du Bassin du Centre et du Midi (HBCM). En 1973, le puits Sainte-Marie n'est plus exploité et il ne reste que le puits de La Tronquié et Cagnac. La population commence à baisser car les jeunes cherchent du travail ailleurs. Le commerce local est en difficulté et les effectifs des écoles primaires s'effondrent : 2400 élèves en 1967, 1200 en 1977.
Les actions des mineurs se multiplient, mais la fermeture semble irréversible ; le puits de Cagnac ferme en 1979, et il n'y a plus que 1099 mineurs, avec une production qui passe sous la barre d'un million de tonnes en 1972. L'espoir des mineurs repose alors sur l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. Les Charbonnages de France embauchent 10.000 mineurs pour l'ensemble du territoire national, mais la reprise économique n'a pas lieu et des grèves éclatent en 1983. Le gouvernement annonce la restructuration et le départ de nombreux mineurs en pré-retraite. Le puits de La Tronquié ferme en 1986 et la cokerie en 1989. Les Houillères ont supprimé plus de 1000 emplois sur le site carmausin entre 1973 et 1986.
La situation est difficile car, à partir de la récession d'une structure industrielle essentielle pour la vie de la cité, ce sont tous les secteurs économiques qui sont touchés et parfois disparaissent . La récession économique a pour corollaire des difficultés financières pour certaines familles, pour le commerce local et pour les collectivités locales en raison de la baisse de leurs ressources fiscales : à Carmaux, la taxe professionnelle passe de 31,5 millions de francs en 1986 à 23,4 millions de francs en 1989. Une telle baisse révèle la fermeture de nombreuses entreprises sur le site carmausin.

C – La reconversion

Il a fallu, à partir des années 1980, s'employer à la reconversion du Bassin minier. De 1984 à 1989, 320 emplois industriels ont été créés à Carmaux. Pour cela, la municipalité aide les nouvelles industries par des loyers très modérés et des exonérations de charges sur plusieurs années. L'expérience montre que les groupes locaux s'en sortent mieux que la plupart des industriels provenant d'autres régions. Ces derniers ont souvent une existence éphémère à Carmaux. Le meilleur exemple en est l'entreprise Majesté, fabriquant des conserves de canard : elle s'implante en 1985 et occupe 130 personnes, mais disparaît en 1997 malgré les efforts de la municipalité .
La reconversion est difficile et les risques notables : l'expérience montre que sur 10 entreprises créées, au moins 4 échouent. La mobilité industrielle est importante depuis environ vingt ans. Les entreprises profitent des avantages fiscaux de la municipalité les premières années, puis elles peuvent difficilement faire face et certains disparaissent.


Conclusion

Carmaux est une zone en voie de désertification industrielle, ce qui n'est pas surprenant dans une ville qui était mono-industrielle. La zone vieillit (la ville compte deux fois plus de personnes âgées que la moyenne nationale), les hommes s'en vont souvent ailleurs, et le tourisme reste une activité marginale. Le problème d'enclavement demeure.
Aujourd'hui l'espoir de Carmaux et des environs repose sur le projet de la Découverte, futur centre de loisirs aux ambitions régionales mais aussi nationales.

GAILLAC

La viticulture tarnaise a été implantée par les Romains, comme en témoigne la découverte d'amphores (du Ier siècle) à Montans. Son développement ne commence qu'au Xe siècle, sous l'influence des religieux qui fondent en 972 l'abbaye de Saint-Michel à Gaillac. Au XIIe siècle, les consuls de la ville instaurent une police de la vigne pour préserver la qualité du vin, et au XVIe siècle on écrit que ce terroir "produit des vins forts et puissants".
Aux XIXe et XXe siècles, la prospérité de la ville repose-t-elle encore sur la viticulture ? Gaillac demeure-t-elle un centre rural ?


I – Le XIXe siècle

A – L'extension de la viticulture

La courbe de la population montre de légères oscillations entre 7000 et 8000 habitants pour le XIXe siècle. C'est un centre rural et la population varie peu en raison de l'attraction exercée par les industries naissantes dans le nord du département, Albi-Carmaux, et dans le sud, Castres-Mazamet.
Le climat et le sol sont favorables à la viticulture : l'été est chaud, sec, et les collines sont bien disposées, les pentes tournées vers le levant ou le couchant. Les coteaux de Gaillac dominent la vallée, sont exposés plein sud et protégés par les forêts de La Grésigne et de Sivens. Tout au long du XIXe siècle, la culture de la vigne progresse autour de Gaillac pour atteindre 16.000 ha en 1850 et 17.000 ha en 1879 . La superficie de la vigne s'étend car le prix du vin a augmenté après la maladie de l'oïdium  survenue en 1853 et qui, pendant environ 14 ans, diminue de plus de la moitié la production viticole du Tarn . Une autre raison de cette extension est la construction du chemin de fer, qui crée de nouveaux débouchés. Jusque là, le vin était expédié par la voie navigable, du Tarn puis la Garonne vers Bordeaux. Ainsi la production gaillacoise progresse-t-elle dans les années 1870 jusqu'à la crise du phylloxéra.

B – La crise phylloxérique

Le phylloxéra apparaît dans le département du Tarn en 1879, et en 1884, il semble qu'il se soit répandu un peu partout dans le Gaillacois.
Qu'est-ce que le phylloxéra ?
Le cycle du phylloxéra
Le phylloxéra de la vigne est un puceron ovipare qui apparaît sous des formes différentes :
- le gallicole ou phylloxéra des feuilles. Il naît à partir de l'oeuf d'hiver. Ce sont des femelles qui se reproduisent sans fécondation et pondent chacune plusieurs centaines d'oeufs donnant naissance à de nouveaux individus qui migrent, soit vers les jeunes feuilles pour former des galles, soit vers les racines où ils se transforment en radicicoles ;
- le radicicole ou phylloxéra des racines. C'est la forme la plus dangereuse. Ce sont également des femelles qui se reproduisent par parthénogenèse et ne pondent chacune qu'une centaine d'oeufs. Elles vivent sur les racines où elles se fixent par leur rostre qui s'enfonce dans les tissus pour absorber le contenu cellulaire. Les radicelles réagissent aux piqûres en formant des nodosités et les grosses racines des tubérosités plus ou moins développées. Les radicicoles subissent quatre mues et peuvent passer l'hiver sur les racines sous la forme d'hibernants qui reprennent leur activité au printemps ;
- les ailés. Certains radicicoles se transforment en nymphes qui abandonnent les racines, sortent du sol et produisent des ailés. C'est une forme de propagation du parasite. Ces ailés pondent deux types d'oeufs. Les uns donneront des sexués mâles et les autres des sexués femelles.

Comment y remédier ?
Différentes mesures sont mises en oeuvre : les agriculteurs se regroupent en syndicat, des savants viennent faire des conférences pour essayer de comprendre et de trouver des remèdes, les compagnies de chemin de fer facilitent les transports d'insecticides et, surtout, des plants américains sont introduits dans le vignoble français, permettant la renaissance du vignoble à la fin du XIXe siècle.
 
Pendant ce temps, la population de Gaillac a baissé, passant de 8334 habitants en 1886 à 7527 en 1896. Les petits viticulteurs abandonnent souvent leur exploitation, émigrent vers les centres viticoles de l'Aude et de l'Hérault ou bien se rendent dans les villes industrielles proches (Albi, Carmaux, Mazamet, Castres) . Cependant, la baisse de la population de la commune de Gaillac est moins forte que dans les communes environnantes comme Fayssac ou Sénouillac. Pour l'ensemble du Tarn, on considère que le phylloxéra a détruit 46.500 ha sur 60.000 ha de vigne.
Après les effets néfastes des premières années, les conséquences sont positives puisque le phylloxéra a permis d'introduire une grande quantité de produits nouveaux et de progrès techniques. Les viticulteurs ont su s'adapter et l'économie locale sort changée de la période 1880-1900. Les exploitations se sont restructurées et les hommes ont beaucoup investi. La production est devenue massive, la priorité étant la quantité plutôt que la qualité. C'est ainsi qu'au début du XXe siècle surgit la crise de surproduction. Géographiquement, la viticulture est centrée sur le Gaillacois (surtout la commune) avec une augmentation des superficies en vigne, alors que cette production a fortement reculé en Albigeois et dans la région de Castres. La crise phylloxérique a eu pour corollaire la spécialisation de la viticulture dans le Gaillacois .


II – Le XXe siècle

A – Quel est le rôle de la vigne ?

La courbe de la population montre une baisse qui se poursuit jusqu'au recensement de 1926. Dans le Tarn, c'est à Gaillac que le taux de fécondité est le plus faible en 1911 : 2,21 à Gaillac ; 2,79 à Albi ; 2,42 à Lavaur ; 2,47 à Castres.
Gaillac est le centre agricole le plus riche du Tarn, par conséquent la baisse de la natalité reflète la volonté des agriculteurs de ne pas avoir à partager la propriété. Cette attitude malthusienne est courante en France dès la fin du XIXe siècle ; après s'être étendue dans la bourgeoisie, en ville, elle touche les campagnes. C'est l'individualisme qui contribue à la baisse des naissances.
Le manque de dynamisme démographique du début du XXe siècle enlève les bras nécessaires au travail du vignoble, mais l'introduction de la mécanisation pallie le manque de main d'oeuvre.
Après la crise de surproduction du début du siècle et les révoltes des viticulteurs en 1907, la production est stationnaire. La surface en vigne est la même en 1938 qu'en 1900, et la moyenne de la quantité récoltée voisine toujours avec 1 million d'hectolitres. Après la seconde guerre mondiale, les surfaces régressent d'environ 30 % en raison de l'amélioration des rendements, mais aussi de la substitution de cultures fruitières à la vigne, due en particulier à l'initiative d'émigrants d'Algérie dans les années 1960. La vigne semble avoir perdu, avec les progrès techniques et chimiques, sa suprématie. La production poursuit son ascension, mais les autres cultures s'étendent et les industries commencent à s'implanter dans la commune. Le vignoble reste important bien qu'il emploie moins de personnes qu'aujourd'hui. Le vin de Gaillac est mondialement connu et reconnu ; les VDQS ont été créés en 1950, la première sortie des vins primeurs s'est faite en 1961, et le décret de l'AOC pour le vin rouge a été pris en 1970.

B – A la recherche d'autres activités

De 1954 à 1962, l'augmentation de la population (de 8356 à 9058 habitants) provient de l'immigration : les statistiques de l'INSEE montrent un solde migratoire largement positif, tandis que l'accroissement naturel est négatif. La population de Gaillac est moins jeune que celle de Carmaux à la même époque : les moins de 20 ans représentent 27 % contre 33 % à Carmaux. Inversement, les plus de 60 ans sont 17 % à Gaillac, et seulement 11 % à Carmaux.
La population active se répartit ainsi :
  - secteur primaire :  22 %
  - secteur secondaire :  29 %
  - secteur tertiaire :  49 %
Le recensement de 1968 fournit des données similaires à 1962.
 
Pour approcher la situation démographique récente, ce sont les recensements de 1982 et de 1990 qui ont été comparés. Le secteur primaire ne représente plus que 17,5 % de la population active en 1982 et 12 % en 1990. Dans le même temps, le nombre d'exploitations est passé de 1034 en 1982 à 799 en 1990, accusant une baisse de 22 %, proche de celle enregistrée dans le département (20 %) et dans la région Midi-Pyrénées (19 %). Dans la commune de Gaillac, la moyenne d'âge des exploitants est élevée (55 ans). Par conséquent, même si le vignoble poursuit son ascension, on peut affirmer qu'il n'est plus à la base du dynamisme démographique. Comment peut-on expliquer l'augmentation de la population depuis 1990 ?

C – Le dynamisme gaillacois

La population de la commune de Gaillac est passée de 10.378 habitants lors du recensement de 1990 à 11.073 pour celui de 1999. Contrairement aux pourcentages des années 1960, Gaillac a davantage de jeunes (les moins de 20 ans sont 26 %) que Carmaux (15 %) et moins de personnes âgées (les plus de 60 ans représentent 23 % à Gaillac, 36 % à Carmaux, et la moyenne nationale est de 19,9 %) . Il faut maintenant essayer d'expliquer le dynamisme démographique de Gaillac.
L'édification de l'autoroute Albi-Toulouse est l'un des facteurs de ce dynamisme, mais il n'est pas le seul. L'autoroute, d'environ 70 km, est une opération d'aménagement du territoire ; mise en service en 1994, elle passe à moins de 10 km de la ville. Il en résulte une forte hausse des bases de la taxe professionnelle : indice 100 en 1990, 140 en 1993, 165 en 1996, 190 en 1999  .
Les bases de la taxe professionnelle ont pratiquement doublé à Gaillac, d'où le développement des industries :
- Pierre Fabre Plantes et Industries, avec 350 emplois ;
- Alphacan, spécialiste de la plasturgie, avec 210 salariés ;
- Transports Rizzo, avec une centaine d'emplois ;
- Meubles Delmas, avec une centaine d'emplois également.
Ce sont les plus importantes en effectifs, mais la commune a également de nombreuses entreprises de 20 à 50 emplois, comme Palfrance, Ubaldi, Maurel transports...
La municipalité mène depuis plusieurs années une politique favorable à l'expansion de Gaillac : membre de la communauté de communes Tarn et Dadou, elle a édifié un parc d'ac-
tivités de 55 ha (dont 14 pour la ZAC Roumagnac), aménagé le centre ville, et le vignoble a été valorisé. Un des changements les plus importants est la montée du professionnalisme dans le tourisme. Pour les viticulteurs de Gaillac et leurs organismes professionnels, l'ouverture de l'autoroute coïncide avec l'aménagement de l'abbaye Saint-Michel. Sa transformation en maison du vin en fait un outil de communication et de promotion du vignoble . La ville mise également sur ses trois musées (musée des Beaux-Arts, musée d'Histoire naturelle et musée de l'Abbaye), le château de Foucaud et son parc. Un nouvel espace de loisirs apparaît et semble se spécialiser dans les loisirs de proximité. Ces prestataires de loisirs se regroupent en structures associatives, comme par exemple Westarn.


Conclusion

La ville de Gaillac reste profondément attachée à la viticulture, même si le dynamisme actuel émane d'autres activités comme le développement des industries et le tourisme. Trois facteurs, selon Michel Cohou, expliquent l'augmentation récente de la population :
- l'autoroute qui a été un accélérateur de développement ;
- l'aménagement urbain et les nouveaux équipements sportifs et culturels ;
- la valorisation du vignoble.

CARMAUX et GAILLAC

Ces deux villes du Tarn ont souffert, de manière fort différente, d'une mono-activité mise en place au XIXe siècle, le charbon pour Carmaux et le vin pour Gaillac. Actuellement, Gaillac semble avoir mieux tiré son épingle du jeu puisque la population augmente avec l'essor des industries et du tourisme. Carmaux souffre de l'enclavement du département ; elle n'a pas encore tiré profit de l'axe autoroutier Toulouse-Albi relayé par la voie rapide jusqu'à Rodez. Hommes politiques et collectivités territoriales mettent tous leurs espoirs dans l'essor du parc de loisirs Cap'Découverte.

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