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Le compoix de Brousse : approche du document et de son contexte

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Les compoix

Le cadastre (ou compoix ou allivrement...) est un document fiscal. On y énumère, pour chaque propriétaire, ses biens situés dans la communauté. Une évaluation des revenus tirés de ces biens est effectuée afin de répartir l'impôt appelé la taille. C'est, jusqu'en 1695, le seul impôt direct, établi dans tout le royaume dès 1349. Elle n'a pas la même base au nord et au sud de la France, aussi parle-t-on de taille personnelle au-dessus de la Loire, et de taille réelle dans le Midi. La première impose la personne en fonction de sa qualité (les ordres privilégiés sont exemptés), la seconde est calculée sur les biens immobiliers (les biens mobiliers, le bétail, l'outil de travail sont enregistrés sur les compoix dits "cabalistes", souvent les plus anciens). En Languedoc, le montant de l'impôt est défini par les états provinciaux, qui le répartissent dans les circonscriptions financières (les diocèses civils formés de communautés d'habitants).

Le terme "compoix", utilisé régulièrement, renvoie au latin cumpensus, "pesé ensemble". En occitan, compès signifie "équilibre". Est-ce le sens du mot "compoix" ? A priori, le document semble démontrer la volonté d'une répartition équitable de la taille, preuve d'une certaine justice fiscale. Le compoix est répandu dans l'ancienne province du Languedoc. Les plus anciens registres conservés datent du XIVe siècle (Toulouse, 1335 ; Albi, 1343). Ils sont déjà utilisés en Italie au XIIe siècle. Ils subsisteront jusqu'à la création de la contribution foncière en 1790.

A partir du XVIIe siècle apparaît, à côté (parfois à l'intérieur) du compoix, un registre servant à noter les transactions sur le foncier. Ce registre de mutation de propriété, appelé brevet, brevette, livre de carg-descarg..., est le document de référence pour la répartition de la taille, car réactualisé à chaque mouvement de bien. Le livre de mutation est souvent d'accès difficile. Les ajouts successifs surchargent rapidement les pages, qui deviennent d'autant moins lisibles que les écritures sont variées. A l'inverse, le compoix est un document soigné, rédigé d'une même main (souvent celle d'un notaire).

Les documents présentés sont extraits du compoix de Brousse (référence Arch. dép. du Tarn : E 1160). Ce registre de 1598 est une pièce remarquable par son iconographie, constituée de personnages peints au lavis, témoins de leur époque (attitude, costumes, objets), de lettrines complexes chargées de symbolisme.

Le volume, de 35 cm de hauteur, relié cuir, contient 536 folios rédigés en occitan. Les biens de chaque propriétaire (que l'on retrouve dans une table) sont décrits et, pour chacun, sont indiqués la contenance, les confronts situés non par rapport aux points cardinaux mais par les vents qui les symbolisent (auta, megjorn, bise, aquilon), la qualité de la terre (du 1er au 16e degré, finesse de gradation qui paraît un peu suspecte). La mesure de référence est la canne de Lautrec (rappelons que 11 cannes différentes sont utilisées dans le Tarn avant la mise en place du système métrique), soit 1,811 m. La sétérée, mesure de superficie, est de 1024 cannes (33 a 57,2 ca), soit 4 quartières ou 16 boisseaux.

Le compoix est confectionné en 1598, sous le règne d'Henri IV (l'année de l'édit de pacification religieuse signé à Nantes, le 13 avril). Sully devient surintendant des Finances. Il est chargé d'assainir le budget de l'Etat, de renflouer les caisses (la dette est estimée à 296 millions de livres en 1599) après les ravages et les désordres causés par les guerres de religion. Le cadastre de Brousse se situe dans cette période de reprise en main dans le domaine fiscal.

L'utilisation du compoix pour une étude démographique a des limites fixées par l'objet même du document, à savoir répartir la taille en fonction des biens tenus par chaque propriétaire, qu'il soit de la communauté ou étranger ("forain") à celle-ci. Il n'est pas toujours aisé d'identifier les habitants de la communauté et les autres. Le classement des propriétaires suit parfois une logique insaisissable. De plus, seul le possesseur (chef de feu) est noté sur le compoix. Les autres membres de la famille, ainsi que tous ceux qui n'ont aucun  bien, n'apparaissent pas. Les compoix d'Albi, par exemple, révèlent une diminution des chefs de feu de l'ordre de 73 % entre 1343 et 1357, soit, en valeur absolue, 51 % de la population (perte due en grande partie à la peste de 1348).

Les compoix permettent, en revanche, de constater la répartition des biens et par conséquent le pouvoir économique de chacun, reflet d'une position sociale. La situation et la description des biens livrent des informations sur la toponymie, l'urbanisme, la qualité du sol qui influe sur la nature de culture.

 

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