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Le rôle de l'Église

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Focus

 

Encensoir : récipient suspendue à de petites chaînes, dans lequel on brûle l'encens et que l'on balance durant les cérémonies religieuses.

Proscrit : qui est banni, écarté.

Des traditions que les hommes de son âge et de sa formation avaient si longtemps contestées : Charles d’Aragon fait référence aux décisions anticléricales prises par la IIIe République sur lesquelles revient le maréchal Pétain en remettant à l’honneur la vieille France.

Diocèse : territoire sous l’autorité d’un évêque.

Récuser : refuser, rejeter.

Équivoque : qui peut avoir plusieurs interprétations.

Extrait (p. 16 et 17)

On connait l’engagement de Mgr Moussaron contre la persécution des juifs et pour l’accueil des réfugiés mais aussi des résistants dans les institutions catholiques. Pour autant Charles d’Aragon n’en est pas moins critique sur le rôle de l’Église catholique dans cette période trouble.

 

"L'archevêque du lieu devait, comme tant d'autres, enfumer à coups d'encensoir le vieux visage de Pétain. Il n'a jamais pour autant failli à ses obligations à l'égard des proscrits. Il reconnaissait le régime installé par la défaite. En quelque sorte il en faisait partie. Voilà qu'enfin on tournait le dos à des traditions que les hommes de son âge et de sa formation avaient si longtemps contestées. Mais ses responsabilités dans l'Église faisaient de lui, comme de chaque pasteur, un opposant à tout le moins occasionnel. Un diocèse d'alors n'était pas seulement un morceau plus ou moins tranquille de la France en état d'armistice. C'était un fragment de l'Église persécutée par Hitler. C'était un morceau de cette Europe occupée que parcouraient de discrètes caravanes de proscrits. Accepter grâce à la pesanteur des regrets antérieurs l'ordre moral de Pétain, récuser au nom de l'Évangile l'ordre nouveau de Hitler, voilà qui devait offrir à des hommes âgés et paisibles bien des occasions d'équivoque ou d'ambiguïté. Double jeu ? Qu'est-ce que cela veut dire ? En France tout homme est plus ou moins double.

[...]

L'Église catholique en France n'était certes pas un réseau de résistance. À qui le prétendrait on pourrait opposer trop de textes pastoraux maladroits ou dérisoires. Mais elle était tout de même un réseau dont les membres ont eu de bonne heure des occasions de poser des actes de refus. À la vérité, ils en ont perdu plus d'une. Ils avaient aussi plus que d'autres la possibilité de s'informer. C'est Robert d'Harcourt qui, en 1940, m'apprit l'existence de Buchenwald, mais le nom de Dachau m'était familier depuis deux ans. Je crois vraiment que les scènes essentielles de l'univers concentrationnaire étaient, dès la première année de l'Occupation, accessibles aux imaginations de tous les contemporains passablement avertis. Il n'était pas si facile d'être ignorant."

Questions

1) Charles d'Aragon parle d'un double jeu de l'Église. Relevez dans le texte deux phrases qui illustrent cette expression.

2) Selon Charles d'Aragon, est-il difficile en 1940 de connaître l'existence des camps de concentration ?

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