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Voyage à Vichy

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Focus

 

Olympe : chaîne de montagnes grecque dans laquelle se trouvait le royaume des dieux dans la mythologie grecque.

L’Allier : rivière qui a donné son nom au département français de l'Allier (chef-lieu : Moulins) où se situe la ville de Vichy.

L’idole : personne ou chose qui est l'objet d'une sorte de vénération.

Guy des Cars (Paris, 1911 – Paris, 1993) : écrivain français.

Carnation juvénile : coloration de la peau évoquant la jeunesse.

Prosaïque : banal.

Ferveur : élan passionné et enthousiaste.

Pèlerins : personnes qui voyagent dans un but essentiellement religieux.

Dévotion : attachement à la religion.

Dévots : personnes très attachées à la religion.

Epurés : personnes qui font l’objet de mesures de répression prises après la Libération, pour avoir collaboré avec les autorités d'occupation.

Ferveurs orthodoxes : vif sentiment religieux qui se conforme strictement aux règles et principes d'une religion.

Extrait (p. 17 et 18)

Ignorant, comme il l’écrit, Charles d’Aragon « avait le souci de ne pas le devenir ». Il part donc durant deux semaines à Vichy.

 

"À Vichy, je vis peu de choses et beaucoup de gens. Les impressions que j'ai gardées sont floues. J'avais le sentiment d'être au cœur d'un Olympe dérisoire, au foyer d'une mythologie nouvelle et pitoyable, en marge d'une cour bavarde et mal logée. Jamais je ne vis moins de pétainistes que sur les bords de l'Allier. Le culte même de l'idole n'était pas au point. Un jour, au bar de l'hôtel du Parc où je me trouvais avec Guy des Cars, j'ai quasiment frôlé Pétain. Deux choses m'ont frappé : la couleur rose de sa carnation juvénile et l'allure incroyablement civile de sa démarche. Cela surprenait chez un octogénaire et chez un vieux guerrier. Sans doute a-t-on dû atténuer dans la suite cette familiarité du décor, mais en 1940, Vichy m'a paru prosaïque. Les retrouvailles qui s'y célébraient sous les arbres jaunis n'étaient pas génératrices de ferveur. J'ai rencontré bien des revenants mais peu de pèlerins. Ce n'était pas la dévotion qui les attirait vers les lieux saints de la Révolution nationale. Les dévots étaient ailleurs, dans les départements mal connus qui composaient la zone libre. Mais à Vichy j'ai croisé des futurs compagnons de la Libération et des futurs épurés. D'aucuns prédisaient la victoire anglaise ; d'autres misaient sur celle du IIIe Reich. On parlait peu de De Gaulle, à peine plus de Pétain. J'eus vite fait de rejoindre à Saliès mes maigres ombrages. L'automne persistait encore. Dans ma solitude je percevais certes l'écho des ferveurs orthodoxes mais aussi les rumeurs de la résistance naissante."

Questions

1) Relevez dans le texte tous les mots évoquant la religion.

2) Lorsque Charles d'Aragon croise le Maréchal Pétain à Vichy, par quoi est-il surpris ?

3) Quelle phrase traduit toute la complexité de l'opinion des Français en 1940 ?

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