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Automne 1940 à Saliès

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Focus

 

Taries : du verbe « tarir » qui signifie épuiser, mettre à sec.

Accabler de louanges : prodiguer des compliments à quelqu’un en telle quantité qu'elles produisent un effet d'écrasement.

Chevroter : dire quelque chose d'une voix qui tremble.

Besogne : travail imposé.

Arcane : chose mystérieuse, secrète.

Éloquence : talent de bien parler, de persuader et de convaincre par la parole.

Congère : amas de neige entassée par le vent.

Disgrâce : perte de l'estime dont une personne ou une chose bénéficiait.

Extrait (p. 18 et 19)

Charles d’Aragon regagne ses terres à Saliès et nous replonge dans l’état d’esprit d’alors.

 

"On a mal à s'imaginer ce que fut cet automne. La France, dont la plupart des sources d'énergie étaient taries, retrouvait ses dimensions antiques. De grandes villes, hier proches, devenaient lointaines. Des villages tenus pour voisins cessaient de l'être. Le kilomètre reprenait la valeur qui était la sienne au siècle précédent. Les distances étaient mesurées au pas de l'homme et du cheval.
Voilà qui vous donne une idée de ce qu'était la campagne avec son peuple provisoirement mutilé mais quotidiennement accablé de louanges. « Quand un paysan de chez nous voit sa récolte détruite ... ». Ainsi chevrotait le maréchal. « Le paysan de chez nous ! me disais-je, mais comment fait donc celui d'ailleurs ? ». Au vrai, dans les villages on ne s'interrogeait pas. On se sentait confusément fier d'appartenir à une catégorie si méritante. C'était un encouragement pour ceux qui, dans les fermes, ajoutaient à leur besogne celle d'un mari ou d'un père prisonnier. Un encouragement aussi pour ceux qui, dans les jeunes arcanes du marché noir, s'apprêtaient à entreprendre de fécondes carrières.
« L'hiver commence ; il sera rude. » On affichait sur les murs ces propos du vieux maréchal qui n'avait d'éloquence que lorsqu'il évoquait une France rurale livrée sans défense aux caprices des saisons. En vérité, jamais hiver n'avait été aussi froid depuis trois quarts de siècle. Sous un ciel habituellement clément, j'ai vu des congères s'accumuler devant ma porte. On était surpris de ne pas entendre l'aboiement des loups. Une certaine harmonie se manifestait entre les êtres et les choses. Les arbres dénudés faisaient penser à ces vieux chefs que la défaite avait arrachés à la retraite ou à la disgrâce pour les mettre à la tête des villages et des cités. Tout cela paraissait devoir durer éternellement. La guerre pour beaucoup était loin.
Que faire en une solitude à la fois profonde et hostile, sinon lire, prier et se chercher des occupations utiles ?"

Questions

1) Quelles sont les conséquences de la défaite sur les conditions de vie des Français ?

2) Selon Charles d'Aragon, quelle catégorie socioprofessionnelle est mise en valeur par le régime de Vichy ?

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